Les Rues Résonnent

Ce qui se joue dehors, et comment en profiter

Le capodastre ne transpose pas ce qu’on croit

Avatar de Séverine Magnol-Tassin

·

4 min de lecture

Un capodastre a une seule fonction mécanique, et tout le reste n’est que conséquence de celle-ci. Le confondre avec un outil qui « transpose » comme on le ferait sur une partition mène à de fausses attentes.

Ce que fait vraiment un capodastre

Le capodastre raccourcit la longueur vibrante des cordes en les plaquant contre une frette donnée, exactement comme le ferait un doigt posé en barré. En réduisant cette longueur, il augmente mécaniquement la fréquence de vibration de chaque corde, donc la hauteur de la note jouée à vide. C’est tout : il ne fait rien d’autre que ce geste physique, répété sur les six cordes à la fois.

La conséquence pratique, elle, est précieuse : le guitariste peut monter la tonalité d’un morceau sans changer un seul doigté. Les accords appris en position ouverte restent identiques sous les doigts, seule la note produite change de hauteur. C’est ce qui rend le capodastre si utile pour accompagner une voix qui ne monte pas aussi haut que la tonalité d’origine d’un morceau.

Ce qu’il ne fait pas

Le capodastre ne change pas le timbre de l’instrument à volonté : il ne rend pas une guitare folk plus ronde ni une classique plus claire, il déplace simplement la hauteur générale du jeu, avec parfois un léger effet de tension perçue sur les aigus. Il ne corrige pas non plus une justesse déjà défaillante : une guitare mal accordée avant la pose du capodastre reste mal accordée après, et certains modèles bas de gamme dérèglent même légèrement l’accordage en additionnant leur propre pression à celle des cordes.

La pression, source de la plupart des frisements

Un capodastre trop serré écrase les cordes contre la frette et tire légèrement la note vers l’aigu par rapport au reste du manche, un défaut appelé communément un problème de justesse induite. Trop lâche, à l’inverse, il laisse les cordes vibrer contre le métal et produit ce bruit de frisement caractéristique, surtout sensible sur les cordes graves. Le bon réglage se situe entre les deux : assez de pression pour un son net, pas assez pour tirer la justesse vers le haut.

Où le placer, et quel modèle choisir

Le placement compte autant que la pression : posé trop loin de la frette, vers le milieu de la case, le capodastre augmente le risque de frisement ; posé juste derrière la frette, il reproduit fidèlement l’effet d’un doigt en barré bien positionné. Deux familles de modèles dominent le marché : les capodastres à ressort, rapides à poser et à retirer d’une seule main, pratiques en changement de morceau ; et les modèles à vis, plus lents à ajuster mais qui permettent de doser précisément la pression, un vrai avantage sur un instrument aux cordes sensibles.

Une justesse qui se dégrade en montant le manche

Un défaut moins connu du capodastre tient à la géométrie même du manche : plus il est posé haut, près de la caisse, plus le léger excès de tension qu’il ajoute aux cordes se fait sentir sur la justesse, un phénomène qui s’accentue sur les guitares dont les frettes sont mal réglées à l’origine. C’est pourquoi certains modèles haut de gamme intègrent un profil de pression courbé, calibré pour épouser la forme du manche plutôt que d’appuyer uniformément sur les six cordes à plat. Sur un instrument d’entrée de gamme, ce détail se sent surtout à partir de la cinquième case, là où l’écart de justesse devient audible à l’oreille exercée.

Pour l’accordage de l’instrument avant de poser le capodastre, la rubrique vie pratique des sorties détaille ce que le diapason à 440 Hz change concrètement pour un musicien de rue.

Le principe mécanique de l’instrument et ses variantes sont détaillés sur sa page Wikipédia, qui retrace aussi l’histoire des premiers modèles à sangle.


Avatar de Séverine Magnol-Tassin

À lire aussi